Alimentation

Fléole, luzerne, regain : le foin, c’est 80 % de la ration du cobaye

Fléole, luzerne, regain : trois foins, trois compositions, trois publics. Sur le calcium, l'écart va de un à cinq entre une fléole et une luzerne, et cet écart décide des calculs urinaires du cochon d'Inde adulte. Chiffres de composition, cas où la luzerne reste justifiée, critères d'achat et méthode de transition.

Cochon d'Inde en train de manger du foin de fléole dans son râtelier, lumière naturelle
L'essentiel
  • Foin de graminée à volonté : la RSPCA recommande un tas quotidien d'un volume double de celui de l'animal, disponible 24 h/24.
  • Fléole des prés (timothy) : 9,1 % de protéines brutes et 3,3 g de calcium par kilo de matière sèche, la base pour tout cobaye de plus de 6 mois.
  • Luzerne : 18,2 % de protéines et 16,8 g de calcium par kilo de matière sèche, réservée aux moins de 6 mois, aux gestantes et aux allaitantes.
  • Regain (2e coupe) : environ 38 % de protéines en plus et 12 % de cellulose en moins que la première coupe, à servir en complément d'appétence.
  • Vitamine C : 10 à 25 mg par kilo et par jour chez l'adulte, 30 mg ou plus en croissance ou gestation, apport assuré par les légumes et les granulés, jamais par le foin.

Un cochon d’Inde adulte devrait trouver chaque jour, dans son râtelier, un tas de foin d’un volume double de celui de son corps. La consigne vient de la base de connaissances vétérinaire de la RSPCA. Elle fait sourire les nouveaux propriétaires, qui la trouvent démesurée. Elle ne l’est pas : en vingt-quatre heures, le tas est mangé, trié, piétiné, redécouvert la nuit.

Reste le sac à choisir en rayon. Fléole, luzerne, regain, foin de prairie : les emballages se ressemblent, les compositions beaucoup moins. Sur le calcium, l’écart entre un foin de fléole et un foin de luzerne va de un à cinq. Un bébé de deux mois et un mâle de quatre ans n’ont rien à faire du même sac.

Le foin tient une place que ni les granulés ni les légumes ne peuvent prendre

Les molaires d’un cochon d’Inde poussent en continu, toute sa vie. Seule une mastication longue et latérale, celle qu’impose un brin sec, les use au rythme où elles repoussent. Un cobaye nourri surtout aux granulés mâche vite, avale, et laisse ses tables dentaires dériver vers la malocclusion. Les fiches de Humane World for Animals, l’ancienne Humane Society of the United States, situent le foin autour de 80 % de la ration quotidienne. Rien d’autre ne peut occuper cette place.

Vient ensuite le transit, qui ne supporte pas l’arrêt. La fibre entretient un flux permanent dans un tube digestif conçu pour ne jamais se vider. Un cochon d’Inde qui cesse de manger, ou dont les crottes deviennent rares et minuscules, relève du vétérinaire le jour même. Pas du lendemain matin.

La ration d’un adulte tient en quatre lignes, selon les repères du Merck Veterinary Manual :

  • Foin de graminée à volonté, renouvelé au moins une fois par jour
  • 1 à 2 cuillères à café de granulés par animal et par jour, pas davantage
  • 1 à 2 tasses de légumes frais quotidiennes, en variant les apports
  • 10 à 25 mg de vitamine C par kilo de poids vif et par jour, et 30 mg ou plus en croissance, gestation, lactation ou maladie

Le foin ne couvre pas ce dernier poste. Le cochon d’Inde ne synthétise pas la vitamine C, il la reçoit par les légumes et les granulés frais, tous les jours, sans exception.

La luzerne pèse deux fois plus de protéines et cinq fois plus de calcium que la fléole

Les tables de composition de Feedipedia, la base alimentaire animale portée par l’INRAE, le CIRAD et l’AFZ, donnent des ordres de grandeur sans ambiguïté. Un foin de fléole des prés titre en moyenne 9,1 % de protéines brutes et 3,3 g de calcium par kilo de matière sèche. Un foin de luzerne monte à 18,2 % de protéines et 16,8 g de calcium. Ce rapport de un à cinq sur le calcium explique à lui seul la méfiance des vétérinaires envers la luzerne servie à volonté : le cochon d’Inde excrète l’excédent de calcium par les urines, et son appareil urinaire finit par précipiter des cristaux, puis des calculs.

Sur la fibre, le classement s’inverse. La fléole affiche 65,4 % de NDF (la mesure des parois végétales, donc de la matière à mastiquer) contre 44,8 % pour la luzerne. Le foin le plus riche est aussi le moins fibreux. C’est exactement l’inverse de ce que cherche un cobaye adulte.

Type de foin Protéines brutes Calcium Fibres (NDF) Pour qui
Fléole des prés (timothy) 9,1 % MS 3,3 g/kg MS 65,4 % Base à volonté, tout cobaye de plus de 6 mois
Luzerne 18,2 % MS 16,8 g/kg MS 44,8 % Moins de 6 mois, gestante, allaitante
Regain (2e coupe de prairie) environ 38 % de plus que la 1re coupe variable selon la prairie environ 12 % de cellulose en moins Complément d’appétence, jamais la base seule

Trois cochons d’Inde seulement ont vraiment besoin de luzerne

Le foin de luzerne est plus riche en calcium que les autres foins, ce qui peut conduire à des calculs rénaux et vésicaux, et il doit être limité, voire évité, sauf si vos cochons d’Inde sont en croissance ou gestants.

La formule est celle de la fiche « What should I feed my guinea pigs ? » de la base de connaissances de la RSPCA australienne, traduite de l’anglais. Elle délimite le terrain de jeu de la luzerne, qui se réduit à trois situations :

  • Les jeunes de moins de six mois, dont le squelette se construit et qui encaissent sans dommage un apport calcique élevé
  • Les femelles gestantes ou allaitantes, dont les besoins en protéines, en calcium et en vitamine C explosent
  • Les animaux amaigris ou convalescents, sur avis explicite d’un vétérinaire habitué aux NAC, et pour une durée définie

Pour tous les autres, la luzerne redevient un extra. Une poignée dans la semaine ne fabrique pas un calcul. Un sac de luzerne servi à volonté pendant deux ans à un mâle castré de trois ans, c’est une autre affaire, et la facture de la cystotomie arrive en général sans prévenir.

Un point mérite d’être signalé aux propriétaires de jeunes : la bascule vers la fléole se fait à six mois, pas le jour des un an. Le Merck Veterinary Manual réserve le foin et les granulés de luzerne aux animaux de moins de six mois et aux femelles reproductrices. Passé ce cap, la croissance osseuse ralentit et l’excédent de calcium devient un passif.

Le regain sauve les cobayes difficiles, il ne remplace pas la base

Le regain, c’est la deuxième coupe. Fauchée environ six semaines après la première, elle donne un foin majoritairement feuillu, avec peu de tiges, plus souple sous la dent. Les valeurs fourragères publiées par Techniques d’élevage chiffrent l’écart : 94 g de matières azotées digestibles par kilo contre 68 g pour une première coupe, et 371 g de cellulose contre 423 g. Plus de protéines, moins de fibre.

Ce profil rend le regain précieux dans trois cas de figure très concrets : le cobaye qui boude son râtelier depuis deux jours, le senior dont les molaires usées peinent sur les tiges dures, l’animal qui rentre de consultation et qu’il faut remettre en appétit. Une poignée de regain posée sur le foin habituel relance souvent la machine.

Le fond du sac raconte le reste. Là où une première coupe laisse des tiges rigides que les cobayes délaissent, le regain laisse une poudre verte et des feuilles cassées. À trois cochons d’Inde, ce fond de sac finit à la poubelle plus souvent qu’on ne l’avoue, ce qui rend le regain plus cher qu’il n’en a l’air au kilo affiché.

Un bon foin se juge les mains dedans, avant la première distribution

Le test tient en dix secondes. Ouvrez le sac, plongez la main jusqu’au fond, ressortez-la et regardez la paume. Un nuage de poussière fine, une odeur de cave ou de champignon, des taches blanches ou grises sur les brins : le sac repart, et ne finit surtout pas dans la cage « pour ne pas gâcher ». Un foin moisi provoque des troubles digestifs et respiratoires chez un animal dont les voies aériennes tiennent dans un dé à coudre.

Un foin correct se reconnaît à sa couleur vert clair à vert tendre, à son odeur d’herbe séchée franche, à des brins longs et cassants. La poussière reste le critère le plus sous-estimé, en particulier dans les foyers où quelqu’un tousse ou éternue au moment du remplissage du râtelier. Nous avons consacré un dossier entier aux allergies au foin et aux rongeurs, avec les solutions à tester avant d’envisager une séparation.

Côté stockage, le foin déteste trois choses : l’humidité, le soleil direct et le sac plastique fermé posé à même un sol froid, où la condensation fait son travail en quelques semaines. Un carton dans une pièce sèche et aérée vaut mieux qu’un bac hermétique dans un garage. Les propriétaires qui achètent en balle de 10 ou 15 kg le savent, et gèrent leur stock par rotation. Sur les foins d’origine tracée, le foin de Crau AOP occupe une place à part sur le marché français, avec ses propres arguments et ses propres limites.

Le changement de foin se joue sur sept à dix jours

La flore intestinale d’un cochon d’Inde s’adapte lentement. Passer brutalement d’une luzerne à une fléole, ou d’un foin de prairie à un timothy importé, provoque des selles molles chez les animaux sensibles. La méthode qui fonctionne : mélanger les deux foins dans le râtelier, en augmentant la part du nouveau tous les deux jours, et surveiller les crottes du matin.

La pesée hebdomadaire tranche mieux que n’importe quelle impression. Une balance de cuisine, le même jour, à la même heure. Une perte régulière sur deux pesées consécutives, des crottes plus petites, un râtelier qui ne baisse plus : ces trois signaux imposent un retour au foin précédent et un appel au vétérinaire.

Un dernier arbitrage, tranché. Entre un foin parfait acheté au compte-gouttes et un foin correct disponible en permanence, prenez le second, sans hésiter. Un râtelier vide quelques heures par jour abîme plus sûrement un cochon d’Inde qu’une fléole de qualité moyenne servie sans interruption.

Questions fréquentes

Quelle quantité de foin par jour pour un cochon d’Inde

La RSPCA parle d’un tas quotidien représentant deux fois le volume du corps de l’animal, ce qui correspond en pratique à un râtelier bien rempli, complété une à deux fois dans la journée. Le foin non consommé mais souillé se retire chaque jour. Un cobaye adulte en consomme couramment plusieurs dizaines de grammes, avec une part importante triée puis délaissée, ce qui reste normal.

Foin de prairie, fléole et foin de Crau : les équivalences

Le foin de prairie regroupe plusieurs graminées et parfois quelques légumineuses, avec une composition variable d’une coupe à l’autre. La fléole des prés, vendue sous le nom de timothy, offre le profil le plus régulier : peu de calcium, beaucoup de fibre. Le foin de Crau, sous appellation d’origine protégée, est un foin de prairie naturelle dont la traçabilité et le mode de récolte constituent l’argument principal.

De la luzerne pour un cochon d’Inde adulte trop maigre

La question se pose légitimement, et la réponse appartient au vétérinaire. Un amaigrissement chez un cobaye adulte signale d’abord un problème dentaire, digestif ou urinaire, et une ration plus riche ne remplace jamais le diagnostic. La luzerne peut être ajoutée en complément pendant une phase de reprise de poids encadrée, avec un suivi de l’appareil urinaire, jamais comme correction improvisée à domicile.

Le foin peut-il remplacer les granulés ?

Non, et pour une raison précise : le foin ne contient pas de vitamine C utilisable, alors que le cochon d’Inde en a besoin chaque jour, entre 10 et 25 mg par kilo selon le Merck Veterinary Manual. Les granulés spécifiques cochon d’Inde, servis en petite quantité et renouvelés régulièrement, sécurisent cet apport avec les légumes frais. L’inverse est vrai aussi : les granulés ne remplacent jamais le foin.

Sources

Mathieu Perrin

Mathieu Perrin passe le plus clair de son temps à comparer des fiches techniques : dimensions réelles d'une cage, pouvoir absorbant d'une litière, prix au kilo d'un foin. Il a commencé par tenir un tableur pour équiper ses propres cochons d'inde, avant d'en faire son métier. Sur Cavias, il signe les guides d'achat et tous les articles où il faut trancher entre plusieurs produits, en expliquant sur quels critères.

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